Et si la VR pouvait diminuer les récidives des violences conjugales ?

Publié le 21 Mai 2021
Mise à jours le 16 Avr 2024

En 2018,  une étude en réalité virtuelle sur l’intervention contre les violences conjugales paraissait dans la revue scientifique Nature. L’étude proposait l’usage de la réalité virtuelle comme dispositif d’intervention pour la prévention de la récidive chez des auteurs de violences conjugales.

Plus précisément, le principe de l’expérience était de faire vivre à des agresseurs, des situations de violences conjugales dans la peau d’une femme victime de celles-ci.  Les résultats de l’étude montrent une amélioration des capacités de détection des émotions de peur sur des visages féminins. Autrement dit, l’empathie envers la victime a été stimulée par l’expérience en réalité virtuelle. Ce résultat est particulièrement intéressant puisqu’une empathie défaillante est montrée comme clé dans les violences conjugales.

Aujourd’hui, alors que la parole des victimes se libère, il devient de plus en plus pressant de trouver des solutions efficaces d’accompagnement des agresseurs.

Et si la réalité virtuelle pouvait permettre de se prémunir des récidives de violences conjugales ?

La VR pour stimuler l’empathie ?

Nous en avons déjà évoqué, dans un précédent article : la réalité virtuelle peut aider à stimuler l’empathie. En se glissant dans la peau d’une victime, l’auteur de violence conjugale va donc pouvoir expérimenter les émotions qui peuvent traverser une victime. Ils pourront ressentir l’oppression de la présence de l’autre, la peur de la violence physique ou des menaces.

En vivant cette expérience de violence, l’agresseur va pouvoir se décentrer de son point de vue et comprendre le mal qu’il génère par ses actions. En effet, aussi étrange que cela puisse paraître, une perception biaisée de la situation caractérise particulièrement la psychologie des auteurs de violences conjugales.

Dans les faits, les auteurs nient souvent les faits. S’ils les reconnaissent, ils disent souvent avoir eu de bonnes raisons ou se placent eux-mêmes comme la victime de la situation. Enfin (et surtout) les auteurs présentent généralement un défaut d’empathie envers la victime. Ils ne reconnaissent littéralement pas la peur sur le visage de leur victime.

Être victime à leur tour va leur permettre de ressentir ces émotions de peur, d’angoisse, d’oppression et donc par la suite de mieux les reconnaître sur autrui.

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La VR pour motiver la prise en charge ?

Outre l’intervention sur les mécanismes qui sous-tendent le passage à l’acte dans les cas de violences conjugales, la réalité virtuelle peut aussi rendre la prise en charge plus attractive.

L’acceptation et la participation de bonne foi au programme de prise en charge peut en effet constituer un défi. Si devoir participer à ces actions est souvent une obligation, il peut être difficile de rendre l’exercice attractif. Prendre le temps de se pencher sur ses torts n’est pas agréable et peut engendrer des résistances (conscientes ou non).

Le format d’expériences virtuelles permet donc potentiellement de lever certaines réticences. L’approche plus innovante peut engendrer de la curiosité et permettre une première approche.

D’un point de vue plus technique, la réalité virtuelle permet aussi de s’isoler lors de l’expérience et ainsi de vivre l’expérience personnellement. Les sessions en groupe peuvent permettre une émulation et une libération de la parole difficilement accessible autrement. Cependant, la présence du groupe peut aussi faire naître des craintes d’intégration, de jugement ou de désirabilité sociale.

Le fait qu’avec un casque de réalité virtuelle, les auteurs soient isolés, peut être un bon point pour la prise en charge. Ainsi, l’expérience virtuelle reste personnelle et peut ensuite faire l’objet d’un partage et d’un travail groupal.

La perspective de l’enfant, une piste de travail ?

Comme nous l’avons expliqué, lors de l’expérience, l’agresseur va pouvoir incarner la victime et exister dans l’histoire qui se produit dans l’environnement virtuel en tant que telle.

Le fait d’avoir l’impression d’incarner cette personne est ce qu’on appelle respectivement : l’illusion d’incarnation (ou effet Proteus). Cette illusion est un phénomène qui influence de nombreux phénomènes cognitifs comme la perception et les comportements.

L’auteur de violence conjugale va donc percevoir les événements en réalité virtuelle différemment en fonction de qui il incarne. Prendre successivement la place de l’auteur, de la victime et de l’enfant permet d’ouvrir les perspectives et d’améliorer la prise en charge.

De surcroît, les auteurs de violences conjugales ont parfois eux aussi été témoins de ces violences étant enfants. La mise en image de ceci pourrait permettre une mise en perspective de leurs actes comme reproduction d’un schéma défectueux appris dans l’enfance.

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Le mot de la fin : en finir avec la récidive ?

En 2019, on estimait les violences conjugales faites aux femmes à 213 000 (Les chiffres de référence sur les violences faites aux femmes, 2019). Dans 70% des cas de violences conjugales faites aux femmes, la violence a été décrite comme répétée.

Le meurtre violent de Chahinez B. par son ex-conjoint vient tristement illustrer le fait que ce problème est toujours d’actualité. Et si la réalité virtuelle offrait une piste pour en finir avec la récidive de ces types de violences ?

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