« Tu crois qu’elle pense quoi de cette situation ? Tu penses qu’elle est triste ? » 

Nous nous sommes déjà tous demandé ce que ça ferait d’être dans le corps de quelqu’un d’autre. Cette curiosité nous pousse souvent à essayer de deviner les pensées et mécanismes de la personne en face de nous, jusqu’à ses préférences en matière de restaurant par exemple. Mais aussi, comment me voit-il de ses yeux ? Comment interprète-t-il mes silences ?

Le genre humain est curieux, avide d’en connaître plus. Mais c’est aussi car nous sommes foncièrement portés sur les autres, et sur leurs sentiments (malgré ce que certains peuvent essayer de cacher). 

Alors imaginez un peu. Vous rentrez dans une pièce, et on vous propose ce que vous avez toujours voulu tester : vous mettre à la place d’une tierce personne dans ce monde. Ainsi, vous enfilez un casque de réalité virtuelle, et l’aventure commence. Vous avez bien les pieds sur terre, mais vos yeux voyagent. Vous êtes désormais complètement immergés dans un autre monde, un monde de réalité virtuelle. La technologie est ce seul point de liaison, et cet intermédiaire nous permet de savoir que nous sommes toujours nous.

Vous y êtes enfin : dans le corps de l’autre ! Ses yeux deviennent vos yeux, et vos oreilles entendent ce qu’il écoute. 

Par le biais d’un avatar, vous incarnez autrui. Vous vous appropriez son corps, et même un peu ses idées, petit à petit. C’est ça qu’on appelle : l’incarnation ?

Oui. 

Nous voici avatar

Wow… Vous trouvez ça effrayant ?

 Avatar raisonne peut-être en vous uniquement comme le personnage de James Cameron ? Mais rassurez-vous, pas de peau bleue, et pas de possibilité d’y rester coincé. Un avatar est seulement un corps virtuel incarné. C’est vous qui gérez les mouvements de votre personnage, ainsi que ses interactions. 

Sachez que nous n’incarnons pas d’avatar uniquement par le biais d’un casque de réalité virtuelle, mais aussi par l’usage des jeux vidéos (qui sont aussi une réalité virtuelle)

Sympa comme concept, on incarne l’autre, vous êtes “lui” ou “elle”… Et aussi : vous pouvez totalement ressentir ce qu’il ou elle ressent. On touche à ce que vous recherchiez au tout début.

Vous venez de faire l’expérience de ce qu’on appelle l’effet Proteus. 

 Le nom sonne comme un dieu grec (c’est normal, c’est un dieu qui a le pouvoir de se métamorphoser.) Mais la définition est simple ! En incarnant un corps virtuel, on peut modifier de nombreux processus cognitifs, qui traitent les informations. Elles sont des plus basiques (ex : la perception) aux plus complexes (ex : la prise de décision.) Prenons un petit exemple. Si vous incarnez Mamie Mireille dans sa maison de repos, vous allez avoir tendance à marcher plus lentement après l’expérience. Dingue, non ? 

Bon, ce n’est peut-être pas le plus utile, je vous l’accorde.

Mais cet exemple permet de vous montrer que vous vous appropriez littéralement, pendant quelque temps, les caractéristiques du corps que vous avez incarné. Cela fonctionne pour un corps qui marche lentement, mais aussi pour vos émotions. Devenez Robin des bois, et vous serez plus furtifs et altruistes par la suite. Voilà l’effet Proteus. Et sachez que cet effet ne se met pas en place uniquement dans la réalité virtuelle, mais aussi dans le monde réel. Nous sommes constamment influencés !  

Se mettre dans la peau de l’autre.

Vous vous demandez peut-être : Cela peut-il nous désindividualiser ? 

Non ! Pas de panique, la force de cet effet est modérée. Cela ne veut pas dire non plus que les jeux vidéo peuvent rendre plus violent, au contraire, ils peuvent réellement servir d’exutoire ! On ne perd pas son « soi » quand on est dans la réalité virtuelle.

En effet, nous sommes tous pourvus de ce que l’on appelle le « self » ou le « soi », qui est stable à l’âge adulte. Notre personnalité, notre aversion pour les fruits de mer (ayons-la tous, s’il vous plaît !) notre susceptibilité, notre nous, réside dans le self. 

Et certes, le self peut être atteint par une expérience virtuelle, mais cela ne brisera jamais votre entité personnelle. Vivre une expérience en réalité virtuelle peut modifier notre self. Mais au même titre que des expériences vécues dans votre vie. Ce sera même plus léger. Quand vous allez au Luna Park et que vous goûtez pour la première fois de délicieux churros trempés dans de la pâte à tartiner : votre self sera modifié, et vous ne pourrez peut-être plus jamais dire au revoir à ce goûter (un peu trop gras.) Finalement, on amène au self des nouveaux éléments à prendre en considération. On apprend, et on évolue !

N’oublions pas : comme chaque chose, cet effet à son côté négatif : il est possible qu’en incarnant un personnage féminin très sexualisé dans un jeu puisse amener une acceptation plus facile de la culture du viol, par exemple. Ça ne fait pas plaisir, mais ces faits ont été démontrés par une étude.

Et alors, Reverto ?

Cet effet Proteus, permis par notre casque de réalité virtuelle, apporte une influence positive sur les gens qui vivent l’expérience. On s’est mis à la place de l’autre, donc on ressent ses émotions, ce qui crée une proximité. En devenant harcelés, nous comprenons finalement ce que cela fait. On modifiera nos comportements par cette proximité. Les effets positifs de ces expériences sont prouvés scientifiquement depuis des années. En 2013 par exemple, une expérience a été réalisée prouvant que se mettre dans la peau d’une personne noire réduisait le racisme. Les personnes ont une expérience à la première personne. Ils se sont mis à la place de. Et l’influence ne s’est pas faite attendre ! 

Ça leur a permis de mieux connaître les autres groupes. Les autres personnes. Cet effet Proteus bien utilisé nous amène à avoir des comportements inclusifs. Et si l’on poursuit cet apprentissage avec des formations, des échanges, des débats, nous serons capables de modifier drastiquement nos perspectives, nos visions. 

Pour un monde meilleur ! 

Merci à Lenaïc de m’avoir aidé à écrire cet article, merci pour tes connaissances et tes explications. 

 

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